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Fusions-acquisitions dans la pharmacie : le secteur joue son avenir

John Plassard / Directeur adjoint de Mirabaud Securities |
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Les consolidations auxquelles nous assistons en ce début d’année à travers un nombre d’opérations de fusions-acquisitions sans précédent (depuis le début de la crise) laissent plusieurs questions en suspens.

Parmi celles-ci, le fait de savoir pourquoi le secteur de la pharmaceutique est le plus touché par ces mouvements.
Allergan, Novartis, GlaxoSmithKline, Eli Lilly, Pfizer et AstraZeneca pour ne citer que ces entreprises, comment expliquer ce soudain excès de fièvre?

1. Un peu d’histoire

L’histoire des fusions-acquisitions est faite de multiples vagues (six au total) depuis la fin du 19ème siècle.

Les deux premières eurent lieu outre-Atlantique : l’une dans des secteurs tels que les réseaux ferrés, les réseaux télégraphiques ou le pétrole, conduisit à une concentration telle qu’au début du 20ème siècle, seulement 320 entreprises contrôlaient 40% des actifs industriels américains (la capitalisation boursière d’United Steel Corporation représentait alors plus de 7% du PIB américain), l’autre intervint juste avant la crise de 1929 aidée par une législation permissive.

La troisième vague eut un aspect beaucoup plus international avec l’Europe qui commença à prendre part à ces mouvements dans les années 50, marquées par la constitution et l’essor des conglomérats en réponse à des lois de plus en strictes.

La quatrième et la cinquième vague sont des conséquences de la mondialisation, du raccourcissement des cycles économiques et de l’ère des privatisations.

Finalement, aujourd’hui, l’accélération des fusions-acquisitions depuis le début d’année pourrait laisser penser que nous sommes dans une nouvelle vague. Cependant, cette période pourrait être le fruit d’un l’opportunisme lié à une combinaison de facteurs très spécifiques et temporaires.

Parmi les secteurs les plus actifs durant la période actuelle, notons les secteurs de la « technologie » et de la « pharmaceutique ».

2. La fièvre de la pharmaceutique

Depuis le début de l’année, force est de constater que le secteur de la pharmaceutique occupe les premières places des « mégas » fusions-acquisitions : Novartis, Pfizer, AstraZeneca, GlaxoSmithKline pour ne citer qu’elles… Ces entreprises n’ont jamais été tant sollicitées.

Si huit raisons spécifiques expliquent cette fièvre des fusions acquisitions (amélioration des conditions économiques, retour de la confiance, taux d’intérêt bas, niveaux de valorisation, bilans des entreprises prédatrices solides et sécurisés, faible endettement, recherche de croissance externe et volonté de redynamiser les ventes, optimisation fiscale et finalement, besoin de survie), le mouvement qui secoue le secteur de la pharmaceutique relève d’une toute autre logique.

a. Les génériques font leur place

Les médicaments génériques existent dans la quasi-totalité des pays industrialisés et en voie de développement. Leur apparition est liée à l'expiration des brevets des principes actifs communément prescrits à la fin des années 1980. L’essor du marché des génériques est lié à trois événements majeurs: l’introduction au milieu des années 90 dans les Codes de la Santé publique d’une définition légale du générique, puis la publication du premier Répertoire des groupes génériques et, finalement, l’introduction du droit de substitution.

De nombreuses molécules innovantes très largement prescrites ont été développées dans les années 1980. Le nombre des génériques disponibles sur le marché connaît et devrait continuer à connaître une spectaculaire progression dans les dix ans à venir.

Après plus d’un siècle de monopole des grands laboratoires européens et américains, l’heure de la concurrence a donc sonné.

a1. La concurrence est bonne mais elle contracte les marges !

Si on a coutume de dire que la concurrence est bonne pour l’économie et que, logiquement, les consommateurs se satisfont d’une baisse des prix jugé salutaire (les médicaments génériques ne nécessitant aucun frais de recherche ou de développement, ils sont en moyenne 30% moins chers que les médicaments «classiques»), l’expiration d’une multitude de brevets ces dernières années a forcé les leaders de l’industrie à réduire leurs prix et donc à réduire leurs marges.

a2. Un impact sur la recherche

Les gouvernements et l’industrie pharmaceutique s’interrogent aussi sur les conséquences de la progression attendue des génériques sur la recherche et le développement (R&D) de nouvelles spécialités. En effet, la perte de revenus provoquée par la concurrence des médicaments génériques pourrait réduire les capacités de recherche des laboratoires pharmaceutiques à l’heure où l’innovation se fait rare.

b. Croissance externe plutôt qu’innovation

L’innovation se heurte cependant à des autorisations de mise sur le marché (AMM) (par la FDA aux Etats-Unis ou l’ANSM en France) de plus en plus laborieuse et exige une attention toute particulière.

Rappelons ici qu’il y a trois phases principales pour la commercialisation d’un médicament :

• La phase galénique (étude des propriétés physico-chimiques de la molécule, de sa forme physique de présentation, procédé de fabrication, etc.)
• La phase préclinique (toutes les études réalisées sur des modèles cellulaires ou chez l’animal)
• La phase clinique (tous les résultats et informations découlant des essais cliniques effectués chez l’homme).

Il y a donc trois choix possibles pour une société pharmaceutique. Le premier consiste à externaliser les dépenses de R&D. Le deuxième à acheter des molécules en développement, le troisième à procéder à des acquisitions dans certaines niches qui s’avèrent porteuses et à forts potentiels.

b1. Les nouveaux créneaux

Les trois niches qui sont le plus souvent citées sont :

• Les maladies rares. Une maladie est dite rare lorsqu’elle n’affecte pas plus d’un individu sur 2000. On dénombre aujourd’hui entre 6000 et 8000 maladies rares. Le nombre de malades et de familles concernées se situe entre 27 et 36 millions de personnes en Europe, touchant entre 6 et 8% de la population au cours de sa vie. Les maladies rares sont généralement sévères, chroniques, handicapantes et engagent souvent le pronostic vital; dans plus de la moitié des cas elles se développent dès l’enfance, et on estime qu’elles sont responsables de plus de 30% de la mortalité infantile. Les maladies rares constituent par conséquent un véritable enjeu de santé publique.

• La diabétologie. La courbe de croissance du nombre de diabétiques à travers le monde est impressionnante. On peut dire que c'est une maladie en «mouvement» car, non seulement sa prévalence augmente sans cesse dans les pays développés, mais encore gagne-t-elle gagne du terrain, voire explose dans les pays en voie de développement du fait de l'amélioration du niveau de vie. Il peut paraître paradoxal qu'une maladie apparaisse et se développe parce que les gens mangent un peu mieux, à leur faim,  mais cela peut assez clairement s'expliquer concernant le diabète. Je ne manquerai pas de le faire plus loin. C'est un fait épidémiologique : les diabètes et, surtout, le diabète 2, sont, hélas, des « maladies d’avenir ».

• L’oncologie. L’oncologie médicale se définit comme la spécialité dédiée à la prise en charge des traitements médicaux innovants du cancer et des soins de support, avec une très forte contrainte dans la continuité des soins. Dans les pays développés, le cancer touche un homme sur deux et une femme sur trois dans le courant de leur vie. Si le taux de mortalité et d’incidence du cancer diminue, la prévalence du cancer montre une importante augmentation due à l’augmentation de l’âge, les guérisons plus fréquentes et des diagnostics posés plus rapidement notamment.

Pour les majors de la pharmaceutique, la solution réside donc dans le renforcement de ces créneaux plus porteurs et dans le désengagement d’activités jugées peu rentables.

b2. L’érosion des parts de marché

Après la phase d’euphorie, l’utilisation des génériques connaît néanmoins aujourd’hui un ralentissement qui s’explique par une forte baisse du taux de substitution, une réticence plus forte des patients vis-à-vis des génériques ainsi qu’un recours plus élevé à la mention «non substituable» par les prescripteurs.

Les fabricants de génériques se voient donc dans l’obligation de faire des acquisitions pour ne pas risquer de voir leurs parts de marché s’éroder.

Le cas est plus ou moins semblable pour les PME confrontées à une taille critique sur des marchés de plus en plus concurrentiels: elles recourent à des acquisitions pour survivre.

c. Conclusion

Le secteur de la pharmaceutique a quasiment subi la même révolution que le secteur de la technologie ces vingt dernières années malgré un historique et des fondamentaux totalement différents!

Les manœuvres auxquelles nous assistons aujourd’hui vont redessiner totalement le secteur, notamment à travers une consolidation qui s’imposait.

Contrairement à d’autres secteurs qui utilisent actuellement une fenêtre de tir (excès de cash, endettement des entreprises en dessous de la moyenne de ces vingt dernières années, retour de la confiance et taux d’intérêt) pour alimenter les fusions-acquisitions, le secteur de la pharmaceutique joue actuellement sa survie et devrait continuer d’être actif tout au long de l’année 2014.

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Les textes publiés sur Le Cercle ne proviennent pas de la rédaction des Echos mais de contributeurs extérieurs.